Thème « autobiographie »
Nathalie Papin aime se poser des questions. Comment, après une école de mime, en est-elle venue à écrire du théâtre ? Comment fait-on quand on est un enfant pour se tenir confiant et solide devant des adultes qui vous empêchent de trouver votre propre chemin ? C’est si difficile de mourir ? Et de vivre ? Peut-on refaire le monde et se refaire soi-même ? Ce sont ces questions et beaucoup d’autres qu’elle explore dans ses pièces, et comme elle aime la fantaisie, elle le fait dans un abécédaire… à l’envers.
Première confidence : Mon premier échec, c’est de n’avoir pas réussi à apprendre le dictionnaire par coeur quand j’étais enfant. J’avais 10 ans. J’avais honte parfois de manquer de mots et j’avais décidé de prendre le taureau par les cornes : les connaître tous. Au lieu d’aller jouer dans la cour de récré, je passais mon temps à épeler les mots pour les apprendre plutôt que d’aller jouer au foot avec les garçons, ce que j’aimais beaucoup.
Esther Rudomin avait dix ans quand son monde bascula. Jusque là elle avait cru que sa vie heureuse dans la ville polonaise de Wilno durerait toujours. Elle chérissait tout, depuis les lilas du jardin de son grand-père jusqu'au pain beurré qu'elle mangeait tous les matins pour son petit déjeuner. Et lorsque les armées d'Hitler envahirent la Pologne, en 1939, et que les Russes occupèrent Wilno un an plus tard, le monde d'Esther resta intact : pour elle, les guerres et les bombes s'arrêtaient à la grille du jardin. Mais, un matin de juillet 1941, deux soldats russes, baïonette au canon, se présentèrent.
Ce livre commence par une tragédie et la tragédie n'est jamais loin tout au long de l'histoire d'Esther, mais il est aussi un témoignage émouvant sur la résistance de l'esprit humain, par la façon dont les Rudomin gardèrent courage tout au long des cinq années que dura leur exil, malgré la faim et les privations. Voici la véritable histoire d'une enfance sibérienne : elle a été applaudie comme « un grand document qui vivra longtemps dans la mémoire de chaque lecteur. »
Depuis l’enfance, Jane Goodall ne désire qu’une chose : comprendre les animaux. Mais comment commencer ? Comment en vivre ? Une fois le bac en poche, sa mère lui conseille d’entrer dans une école de secrétariat. Elle lui assure qu’une bonne secrétaire peut toujours trouver du travail, et partout dans le monde. Jane enchaîne les petits boulots à Londres. Certains sont même plutôt très amusants. Mais la jeune fille les considère comme une étape. Elle guette sa chance. La chance se présentera une première fois un mercredi matin sous la forme d’une lettre d’une ancienne camarade de classe l’invitant à passer des vacances au Kenya. Jane doit beaucoup travailler et faire de terribles économies pour s’offrir le billet. Ses efforts et son obstination paieront. Sur place, un anthropologue et paléontologue a besoin d’une secrétaire. En vérité, il est très impressionné par les vastes connaissances de la jeune fille sur la faune et la flore africaines. C’est ainsi qu’a commencé l’histoire de Jane Goodall, celle d’une jeune fille qui s’est donné les moyens d’une vie passionnante. Elle raconte dans ce livre son parcours depuis Bournemouth jusqu’à la réserve de Gombe et sa rencontre avec les chimpanzés.
Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent…
Marie Desplechin est allée pour la première fois au Cambodge en 2014. Invitée à rejoindre Sipar par Suzanne Sevray, longtemps en charge de l’international à l’école des loisirs, elle a suivi sur place le travail des équipes et fait la connaissance de Sothik. C’est à la fin d’un séjour de trois semaines qu’ils ont décidé de travailler ensemble à ce livre, que Tian a accepté d’illustrer.
Dans la famille de Thomas Lavachery, il y a le père, la mère, la soeur, mais aussi la chienne Pastoune, le furet Fugue-Fugue, la chèvre Biquette, les Ouistitis Zir et Zira, la chatte Puzemuse et bien d’autres compagnons à poils, à plumes et à écailles. Thomas Lavachery a choisi de leur rendre hommage dans ce bestiaire affectueux. Un livre de souvenirs qui nous raconte en creux une jeunesse singulière au sein d’une famille étonnante et farfelue.
Pendant la guerre de 1939-1945, Tomi Ungerer a parlé allemand à l'école, alsacien avec ses copains et français à la maison, ce qui aurait pu lui valoir une amende de trois marks par « bonjour » et plus tard, la prison. Il s'est appelé Hans Thomas. Il a appris à l'école que Léonard de Vinci était d'origine allemande et se nommait en fait Leonard von Wincke. Il a collectionné les casques des soldats français en pleine débâcle. Il a reçu de splendides figurines sculptées par les prisonniers russes qui venaient s'occuper du jardin. Aujourd'hui, sans aucun souci de bienséance, et toujours avec l'accent, Dieu merci, il raconte.
Ils sont rares, les livres dont la seule dédicace porte, en trois lignes, l’essentiel du propos. L’Enfant, de Jules Vallès, en fait partie.
« À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents, je dédie ce livre », écrit l’auteur en épigraphe du premier tome de sa trilogie autobiographique.
Pourquoi ressortir ce classique des oubliettes ? Parce que les souffrances infligées aux enfants et aux collégiens dans les années 1840 ne sont pas passées de mode, loin s’en faut. Nous espérons que ceux qui crèvent d’ennui au collège et qu’on fait pleurer dans leur famille trouveront dans cette lecture non seulement la consolation, mais des armes pour se défendre.
Pourquoi l’abréger ? Parce que le texte de Vallès est comme un torrent de révolte, répétitif dans son fracas, insistant dans ses éclaboussures. Pour qu’il soit lisible et portatif par les collégiens d’aujourd’hui, pour les indignés de demain.
L'Enfant, paru en 1879 est le premier tome de la trilogie Jacques Vingtras. Les tomes suivants sont Le Bachelier et L'Insurgé.
Lorsque George Sand, de son vrai nom Aurore Dupin, entreprend d'écrire ses mémoires, elle est au sommet de son art et de sa notoriété. Dans Histoire de ma vie, c'est un portrait plus intime, plus familial et plus secret qui se dessine. George Sand y raconte la petite fille de la campagne qu'elle était, déchirée entre la mère et la grand-mère qui se partagent sa tutelle. Puis, ce sont les années de couvent et toutes les « diableries » commises avec les autres pensionnaires. À peine adulte, Aurore Dupin se marie vite et mal. Jeune mère et désireuse de s'émanciper, de devenir « artiste », elle doit se battre pour obtenir le divorce et, plus encore, pour récupérer ses biens et sa maison de Nohant. Femme libre, elle décide que la littérature sera son gagne-pain et elle y parvient ! On connaît la suite : le succès éclatant d'Indiana, les amis écrivains, les amants poètes et musiciens…De quoi en faire toute une histoire, en effet.
« On a beau faire, quelquefois, c’est comme si on avait le monde entier contre soi. Et au collège plus qu’ailleurs. Jugez un peu : Un cahier enfoui pour cacher de mauvaises notes ; le chien du proviseur, Eschyle, qui le déterre pour jouer ; des professeurs qui ont tout sauf le sens de l’humour et de la mesure, et qui tous me désignent comme coupable, aussitôt c’est la menace d’une exclusion définitive. Mais à Odessa, en 1895, être exclu du collège, cela veut dire être mis à l’écart de la société. C’est presque être condamné à mort. Alors, moi qui aime apprendre, moi qui veux apprendre, comment pourrais-je échapper à une telle sentence ? »
Nous sommes en France, sous la Restauration : période historique de faible lueur, après les feux d’artifice de l’Empire. Privée d’héroïsme et de gloire militaire, une génération de garçons qui les avait rêvés se rabat sur la débauche ou sombre dans le chagrin. C’est le fameux « mal du siècle », dont souffre précisément Octave, le héros de cette Confession. Il faut dire que le jeune homme n’est pas très doué pour le bonheur. Mal remis d’une déconvenue sentimentale, il en garde une misogynie quasi maladive ; et ce défaut, amplifié par son idéalisme, le rend presque invivable. Transposée de la liaison tumultueuse que vécut Alfred de Musset avec George Sand, la passion d’Octave de T*** pour la jolie Brigitte Pierson mènera les deux amants au drame et jusqu’au risque de mourir d’amour. « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », proclama Musset dans l’un de ses poèmes. Ce livre nous le confirme, en prose, avec l’éclat du génie.
Le Feu, sous-titré Journal d’une escouade, paraît d’abord en feuilleton, dans L’OEuvre, à l’automne 1916. Le succès est tel qu’il paraît en volume dès la fin du mois de novembre et obtient le prix Goncourt la même année. Aujourd’hui encore, le nom de Barbusse reste attaché à ce récit, à la fois témoignage et hommage « à la mémoire des camarades tombés à côté de moi à Crouy et sur la cote 119 ».
L’expérience des tranchées, vécue volontairement en tant que simple soldat, va transformer Barbusse en porte-parole des poilus, ses frères d’armes, ceux à qui la parole est confisquée – et en porte-voix de la réalité de la guerre à destination des civils, ceux de « l’arrière », à qui la guerre est étrangère, ceux qui continuent à vivre, qui sont heureux « quand même ». Son témoignage va relier « l’arrière » et « l’avant », rendre accessible aux uns la réalité des tranchées tout en libérant la parole des autres.
Un poste à l’Éducation nationale n’a jamais été une sinécure : nous nous en doutions, et c’est ce que nous confirme l’histoire du jeune Daniel Eyssette, contraint par la ruine de son père, aux alentours de 1860, à lâcher ses études pour s’en aller bravement loin des siens gagner son pain comme surveillant dans un collège des Cévennes. Là, sa candeur et son aspect enfantin (il fait bien moins que son âge) le désigneront d’emblée comme cible de choix au mépris de ses collègues et à la méchanceté des élèves. Le roman d’Alphonse Daudet n’est pas seulement celui (semi-autobiographique) du pion chahuté et des affres du déclassé. Il est aussi le récit de l’exil et du déracinement, des vocations avortées et de l’amour déçu, des blessures de l’âme et de la nostalgie sans remède.
Mais, loin d’être un morne tissu de lamentations, il brille par l’acuité de la vision, le sens de la caricature, la vigueur de trait, le bonheur de la formule et une vitesse d’exécution qui nous font à tout moment rempocher nos mouchoirs.
Rien ne prédisposait Linus Torvalds à devenir l’informaticien le plus convoité de la planète.
Tout commence en 1981, à Helsinki, en Finlande. À l’époque, il n’y a pas de console, pas de Mac, pas de PC, pas de Wii et pas d’Internet.
À onze ans, alors que la plupart des garçons jouent au hockey et font du ski avec leurs parents, Linus découvre l’informatique. Son grand-père lui a offert pour son anniversaire le premier ordinateur familial disponible sur le marché.
À vingt et un ans, il développe son propre système d’exploitation (le programme qui donne un visage humain aux ordinateurs) et le publie sur Internet. Gratuit et ouvert, les internautes du monde entier peuvent l’améliorer nuit et jour, bénévolement : Linux est né. La légende dit que le visage rond à lunettes de Linus Torvalds devint alors la cible préférée des jeux de fléchettes chez Microsoft. Le géant de l’informatique venait de découvrir une grande famille de programmateurs complètement passionnés. Prêts à travailler gratuitement dans leur lit, en pyjama, avec leur copine et à partager généreusement leurs découvertes. Tout ça pour améliorer un projet commun. Tout ça pour jouer ensemble. Tout ça grâce à Internet, évidemment !
Dans ce texte, commencé clandestinement en 1974 et repris en 1990 après vingt-six ans d'emprisonnement, Nelson Mandela raconte comment le petit campagnard né en 1918 et élevé dans les vallées fertiles et verdoyantes du Transkei, à 900 kilomètres au sud de Johannesburg, ouvrit le premier cabinet d'avocats noirs en Afrique du Sud et devint l'un des principaux responsables de l'ANC, le fer de lance de la lutte contre l'apartheid. Étape après étape, on comprend comment et à quel prix Nelson Mandela et ses partisans ont réussi à instaurer une démocratie multiraciale en Afrique du Sud.
« Je préfère parler du fond de mon cercueil », écrit Chateaubriand au début des "Mémoires d'outre-tombe"... Mais ce monument qu'il dresse de sa vie, pendant plus de quarante ans, est un véritable roman, que l'Histoire, quoi qu'il en dise, ne parvient jamais à « étrangler » tout à fait. Ce « nageur entre deux rives » est le chroniqueur du passage unique des Lumières au siècle du progrès, de l'Ancien au Nouveau Monde : « Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul qui ressemble à ses ouvrages : voyageur, soldat, publiciste, ministre, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint l'Océan, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées que j'ai étudié les princes, la politique et les lois. » Un écrivain sentencieux et emphatique ? Plutôt un chevalier, un vrai, fidèle champion des causes perdues, conquérant de libertés inédites devenues les idéaux de notre modernité, un aventurier fendant océans et tempêtes, éternel errant échappé du monde des rêves, trempant sa plume à l'encre d'une mélancolie teintée d'humour.
Ilse Koehn, l'auteur de ce livre, a six ans en 1935. C'est le 15 septembre 1935 que Hitler fit promulguer les lois racistes qui mettaient les juifs au ban de la nation allemande. Le père d'Ilse est fils de mère juive et de père allemand. D'après les nouvelles lois, il est classé « Mischling*, premier degré ». Ilse, sa fille, devient « Mischling, deuxième degré ». Afin de protéger l'avenir d'Ilse, ses parents divorcent. Ilse reste un premier temps avec son père et sa grand-mère juive.
Mais la pression des nazis contre les juifs devient de plus en plus lourde et Ilse rejoint sa mère et ses grands-parents maternels. Bientôt l'Allemagne entre en guerre. La propagande nazie s'introduit dans les écoles. La jeunesse hitlérienne enrôle... Puis, les premières bombes tombent sur Berlin. Les enfants sont évacués à la campagne. De 1930 à 1945, d'année en année, la vie devient plus difficile. La guerre - peu ressentie au début par les enfants allemands - impose sa priorité de plus en plus. Ilse Koehn raconte simplement ce qu'elle a vécu jusqu'à la débâcle finale où, dans un Berlin en ruine et en flammes, les enfants se quittaient le soir en se disant: « Reste en vie. »
*Sang mêlés















